La médisance, un exemple de l’égarement de l’apprenti Confucéen

Cher lecteur,

Il y a un mal que je trouve dur à extraire du cœur. C’est celui de la critique et de la médisance.  Le loisir de parler incorrectement de quelqu’un, de blâmer quelque chose pour nuire est vraiment un problème qui m’est récurrent. C’est un piège trivial dans lequel je tombe bien trop souvent.

Je vais prendre deux exemples personnels pour montrer l’influence de la médisance sur mon quotidien et ma santé morale.

– L’accès immédiat aux nouvelles du monde est la voie royale pour se plaindre des décisions prises par les dirigeants ou les meneurs actuels. Je ne veux pas traiter de la qualité des décisions mais de la manière dont ces dernières seront traitées par le cœur et la tête. Typiquement, je me vois en train de contester les choix d’un ministre à propos de réformes sur le travail. Le résultat de cette lecture d’un article banal est : une perte de temps, d’énergie et un déséquilibre émotionnel léger provoqué par l’énervement. Le temps et l’intensité que j’ai passé à geindre ont détruit un moment que j’aurai pu utiliser différemment ; il a également perturbé mes pensées.

–  J’ai eu vent par un ami d’une personne qui a eu une attitude que je juge peu convenable. Il a laissé tomber un de ses proches à la dernière minute alors qu’ils devaient partir ensemble à l’étranger. Les justifications sont floues et semblent peu sérieuses alors que ce voyage avait été établi de longue date entre eux. En discutant avec mon ami de cette histoire, l’amertume monte, puis le ressentiment et enfin le mépris. Une atmosphère agressive s’installe alors entre mon ami et moi à cause d’un désaccord à propos d’une histoire dont on ne connait, au final, pas vraiment le fond. La synthèse de ce moment est une perte de temps, la dégradation passagère d’un moment amical et encore une fois l’instabilité de l’esprit.

Ces anecdotes sont véridiques et se sont réellement déroulées. Prises dans une masse quotidienne, elles passent inaperçues, mais si l’on regarde de plus près elles ont un impact négatif. Elles détruisent la bonté du cœur et la disposition pour le bien auquel je cherche à m’appliquer. Le temps usé a été requis pour le vice (ici la médisance) plutôt que l’édification de la vertu.

Pourquoi est-ce que ce travers est si spontané ?

Car il est plus facile de détruire que de construire. Détruire par les paroles préférablement au silence de l’étude de la vertu et du bon comportement.

Il est plus rapide de démolir une maison que de la construire. Il est plus rapide de briser les os d’une personne que de bâtir une relation durable. On arrache en un instant une plante alors que la faire croître demande du temps et une attention régulière. Des efforts de lutte contre une addiction sont éradiqués par un unique retour à une ancienne mauvaise habitude.

Médire est expéditif, alors qu’étudier et fonder sa vertu demande des efforts intellectuels et spirituels. Selon moi, ce travers réside dans le cœur de l’homme : son orgueil, sa paresse et sa focalisation sur l’extérieur plutôt que sur l’amélioration fastidieuse de sa personne.

Comment éviter ce gaspillage de temps et d’énergie pour favoriser l’étude valeureuse ?

Confucius, ou Maître Kong, dit :

« L’homme de bien est diligent dans ce qu’il fait, prudent dans ce qu’il dit et tâche de se réformer auprès de ceux qui possède la Voie. » [1].

L’homme de bien est celui qui possède la vertu, et ne se laisse pas embourber dans le vice de la médisance. Il préfère élaborer ses connaissances, et grandir comme homme exemplaire plutôt que de ne parler pour rien.

Diligent dans sa rapidité à réagir aux mauvais penchants du cœur, l’homme de bien évite de lire des nouvelles qui peuvent l’énerver.

Diligent dans l’action, il recentre la conversation pour ne pas se perdre dans des propos dédaigneux. Diligent, il s’attaque à ses projets pour construire sa vie et sa hauteur morale.

L’homme de bien est diligent car il sait qu’édifier la vertu demande de la persévérance et du temps.

Prudent, l’homme de bien ne sollicite pas les outils qui peuvent le perdre dans les voies tortueuses du vice.

Prudent, il veille à ne pas attiser le feu de la rage dans les débats entre amis et cherche à fédérer avec justesse.

Prudent, il s’abstient quand il est nécessaire. Particulièrement, il est vigilant dans son for intérieur :

« Rien de vil dans son penser. » [2].

L’homme de bien est prudent car il sait que la moindre faute et le moindre écart peuvent mener à son égarement. En effet, Maître Kong dit :

« Sois maître de toi-même, tu commettras peu d’erreurs. ». Ou encore -pour mieux saisir le sens- :

« Rares sont ceux qui ont péché par retenue. » [3].

Finalement, lorsque l’homme de bien rencontre des embuches face à des travers moraux, il considère les anciens : leurs propos, leurs écrits et leurs attitudes afin de trouver la Voie.

« Si tu rencontres un homme de valeur cherche à lui ressembler. » [4].

La Voie, est un chemin parfait, qui consiste à rechercher la vertu dans tout, et à chaque instant. La Voie est l’avocate de l’homme vertueux et son amie contre les errements de la vie. C’est Elle qui soutient son pied pour qu’il ne trébuche pas. C’est encore Elle qui est son ultime but.

C’est avec ces outils que nous pourrons étudier et ainsi nous rapprocher de la Voie à l’instar du commérage.

Je conclurai par la très pertinente question de Maître Kong, qui m’a poussée à écrire ce texte :

« N’est-ce pas de soi-même, et non des autres, qu’il faut attendre l’accomplissement ? »[5].

 Plutôt que de médire, évertuons nous.

[1] 1 :14 Entretiens (Lunyu) Trad. Anne Cheng.

[2] Livre des odes (Cheu king), cité par Maître Kong, 2 :2 Entretiens (Lunyu) Trad. Jean Levi.

[3] 4 :23 Entretiens (Lunyu) Trad. 1 Anne Cheng et Trad. 2 Jean Levi.

[4] 4 :17 Entretiens (Lunyu) Trad. Anne Cheng.

[5] 12 :1 Entretiens (Lunyu) Trad. Anne Cheng.

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