Le confucéen au travail : morale et problèmes actuels (1)

 

Première partie

Chers lecteurs,

Une amie lectrice m’a posé une question pertinente et délicate. Cette interrogation concerne l’attitude à adopter au travail en tant que personne en quête de vertu.

Pour faciliter le déroulement de la lecture autour de ce sujet épineux, voici le plan que je vais adopter :

Première partie – Quel travail convient à l’homme de bien ?

Seconde partie – Quelles sont les limites et les solutions dans le monde moderne?

Je vais tenter de mettre à jour les propos du Maître vis-à-vis de notre époque dans ce contexte. Différente époque, différentes solutions.

La définition d’un travail convenable pour le confucéen va englober deux grands paramètres : comment les relations professionnelles sont coordonnées (A) et quel est le fruit du travail (B).

A- L’organisation du travail entre les collègues est importante pour celui qui cherche la vertu. En effet, elle va définir la qualité des interactions dans le milieu professionnel. Quel est le standard confucéen ?

Le Maître dit : « Commence par montrer leurs tâches à tes subalternes. Sache pardonner leurs petits écarts. Cherche à promouvoir les plus capables. » [1] mais également : « Concentre ta volonté sur la Voie, prends appui sur la vertu, modèle tes actions sur l’humanisme confucéen (ren) » (voir l’article précédent pour la définition du ren) [2] et enfin : « Au service de ton prince, veille à ton devoir avant de penser au salaire. » [3].

Ces trois citations résument les qualités idéales et nécessaires pour travailler en bonne entente et selon l’étiquette confucéenne. Reprenons les propos du Maître les uns après les autres.

Premièrement, pour que les tâches soient effectuées correctement, les tenants et les aboutissants doivent être expliqués clairement (nous revenons à la notion de communication évoquée dans l’article précédent). Sinon, la confusion née, les fonctions ne sont pas complétées et le projet entreprit échoue. La notion de mesure humaine est importante également, le pardon doit être intégré dans le processus professionnel car l’homme est de nature imparfaite (à cause de ses limites naturelles). Afin de stimuler le projet commun, les plus performants (aussi bien dans les tâches que dans les qualités morales) doivent être promus afin de montrer le bon exemple et de garder un haut niveau de motivation.

Deuxièmement, le travailleur doit se conformer dans ses fonctions aux règles de vie confucéenne. Avoir toujours en tête la Voie confucéenne (la quête continue de la vertu et de la perfection morale) pour avoir l’attitude appropriée avec ses collègues. Pour se conformer au confucianisme dans une entreprise, on doit utiliser nos qualités. Par exemple, quelqu’un d’honnête s’exprimera en cas de soucis pour régler les différends. Une personne patiente montrera l’exemple avec sa persévérance. De la sorte, chacun profite des atouts de l’autre et peut en apprendre. La commune mesure sera l’humanisme confucéen (ren) afin de préserver le versant moral dans le projet commun.

Dernièrement, les travaux doivent être achevés en essayant de se focaliser sur le devoir plutôt que sur l’aspect pécunier. Ainsi, on vise au perfectionnement moral plutôt qu’aux biens matériels par le gain d’argent.

En adoptant les critères ci-dessus on tend vers un travail ordonné de manière confucéenne. Mais le travail produit rentre aussi en ligne de compte. Si ce dernier n’est pas en accord avec la philosophie du confucianisme, la perfection morale n’est pas atteinte. C’est alors un écueil dans le comportement du confucéen.

B- Ce qui est produit à l’issue de l’activité professionnelle doit respecter les mêmes caractéristiques que celles citées en A. Brièvement : se focaliser sur la vertu avant de penser aux bénéfices, et générer un travail conforme à la Voie confucéenne.

Le Maître illustre parfaitement cela : « S’il était possible de s’enrichir sans compromissions, dussé-je me mettre au rang d’un palefrenier maniant le fouet, je serais le premier à le faire. Mais comme tel n’est pas le cas, je poursuivrai la Voie qui me tient à cœur. » [4].

Le Maître à un de ses disciples qui travaillait à obtenir plus de biens pour une personne déjà aisée : « J’ai toujours pensé que l’homme de bien s’occupe de secourir les pauvres non d’ajouter à la fortune des riches. » [5].

La première citation du Maître évoque clairement que l’homme de bien ne fait pas de compromis moraux pour gagner de l’argent. L’homme vertueux n’est pas uniquement vertueux dans la vie privée mais également dans le monde. Autrement, n’est ce pas une maladie comme la schizophrénie ? Serait-il bon le matin et mauvais le soir ? Non, la vertu se pratique du matin au soir et ne se mélange pas au vice. L’eau ne se mélange pas à l’huile, et si ce mélange est forcé, les deux substances se séparent rapidement pour s’isoler l’une de l’autre.

Le Maître favorise la quête de la pureté morale avant celle de l’argent, même si il en coûte la pauvreté. A ce propos il dit : « Honneurs et richesses sont ce que l’homme désire le plus au monde, et pourtant mieux vaut y renoncer que s’écarter de la Voie. Humilité et pauvreté sont ce que l’homme fuit le plus au monde, et pourtant mieux vaut les accepter que s’écarter de la Voie. » [6].

La seconde remarque ([5]) rappelle que la finalité d’un travail propre éthiquement se souci d’aider (notions de charité et d’empathie) plutôt que de capitaliser (notion d’avarice et d’égoïsme). Effectivement, l’un améliore, l’autre engraisse. Le premier solutionne des problèmes, le second rajoute au surplus. On retrouve une nouvelle fois la recherche de l’humanisme confucéen, même dans le travail.

Selon moi, une fois que ces deux grands critères (relations au travail et production du travail) sont réglés, ils permettent d’atteindre la perfection morale d’une équipe de travail et des individus.

Mais comme dit précédemment, la nature imparfaite de l’homme rend le projet confucéen professionnel délicat. De plus, le concret est plus subtil et complexe qu’une simple réduction vertu/vice.

Quelles sont donc les limites et les défis actuels ? Une tentative de réponse sera abordée dans la seconde partie.

[1] 13 : 2 Entretiens (Lunyu) Trad. Anne Cheng

[2] 7 : 6 Entretiens (Lunyu) Trad. Anne Cheng

[3] 15 : 36 Entretiens (Lunyu) Trad. Anne Cheng

[4] 7 : 11 Entretiens (Lunyu) Trad. Anne Cheng

[5] 6 : 3 Entretiens (Lunyu) Trad. Anne Cheng

[6] 4 : 5 Entretiens (Lunyu) Trad. Anne Cheng

Une réflexion au sujet de « Le confucéen au travail : morale et problèmes actuels (1) »

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