Apprendre de nos fautes

Le Maître dit : « 1 : Commettre une faute / 2 : et ne pas s’en corriger, c’est là la vraie faute. » (ou encore : « Errer sans se corriger, / c’est véritablement errer. ») [1].

1 : La recherche du perfectionnement moral est la quête ultime du Confucéen. Principalement pour régler harmonieusement son cœur et ses désirs mais aussi les relations avec ce qui l’entoure. Le but ultime étant la paix et le bonheur de la personne (versant intérieur), de la famille et enfin, de la société humaine (versant social). Ce projet utopique et ambitieux passe par la réforme de l’Homme afin qu’il devienne vertueux et affine ses qualités préexistantes. Ceci sous-entend que l’Homme n’est pas intégralement vertueux et par conséquent commet des fautes, facteur lié à sa nature imparfaite (limites naturelles et biologiques). Une « faute » c’est s’écarter de la noblesse d’âme et de caractère recommandée par le Confucianisme (la Voie). Pour reprendre un exemple que j’ai déjà utilisé précédemment, parler de manière incorrecte est une faute.  Se mettre en colère est un autre exemple de faute.

La qualification de « faute » provient de la perturbation générée ou à l’origine de celle-ci : chez une personne (versant intérieur) la faute peut signifier une déstabilisation les émotions et des désirs, source de mal-être et de confusion. Entre les Hommes (versant social), une faute va dérégler les relations et provoquer une perte de l’harmonie et de bonne entente entre eux.

Pour résumer, une erreur, c’est ne pas pratiquer les valeurs Confucéennes : la tempérance (maîtrise des humeurs émotionnelles – versant intérieur), la justice ou l’honnêteté (versant social) pour n’en citer que certaines.

2 : La faute est ainsi définit à cause des bouleversements qu’elle induit. Ce désordre est délétère sur plusieurs strates : l’intime et le collectif. Ce qui est pire que le trouble lié à la faute, c’est l’entretien de celui-ci par la répétition de l’erreur. Au même titre que la rouille érode le fer au fil du temps, un méfait répété abîme de plus en plus la vertu et la cohésion entre Hommes. C’est en partie pour cela que le Maître considère que ne pas corriger une faute est la plus grande aberration. Effectivement, c’est le maintien d’un climat toxique pour la personne et l’ensemble des individus. C’est doublement un tort pour le Confucéen qui cherche la perfection morale. De fait, il a conscience de l’impact de la corruption des mœurs sur l’ensemble des personnes (individuellement parlant) et de la société.

 

La faute est donc un biais introduit par notre nature imparfaite que l’on doit limiter strictement pour éviter la dégradation lente de l’harmonie intérieure et sociale. Quels moyens pour se réformer ?

Un élément de réponse est proposé par un disciple du Maître : « Tous les jours je m’examine sur trois points : dans les affaires que j’ai traité pour autrui, ai-je bien fait tout mon possible ? Dans mes rapports avec mes amis, ai-je toujours été sincère ? Enfin, n’ai-je pas manqué de pratiquer les leçons du Maître ? » [2]. Je pense que l’essentiel réside ici : « Tous les jours je m’examine », autrement dit, « je veille sur moi constamment ».

Concrètement, que faire ? Une méthode que j’ai trouvé est de bloquer quelques minutes avant le coucher, de me vider l’esprit et de ramener mes humeurs à un état neutre afin d’être le plus objectif possible. Ensuite, je revois ma journée intégralement et essaye de trouver les moments où j’ai pu dévier intérieurement (mauvaises pensées ou émotions) ou dans les actes (en étant désagréable avec autrui, par exemple). Une fois cette analyse terminée, j’écris un bref résumé dans un livre (une sorte de « carnet de la honte »). Enfin, je médite quelques instants sur ces erreurs afin de mieux les repérer à l’avenir et les éviter, mais aussi, comprendre leurs origines pour traiter directement la source.

Ainsi, j’essaye de ne pas entretenir l’avilissement dans mon cœur et de ne pas conserver de mauvaises habitudes en société. C’est une façon de faire pour rétablir l’harmonie Confucéenne à mon échelle.

[1] 15 : 29 Entretiens (Lunyu) Trad. 1 Anne Cheng et Trad.2 Jean Lévi

[2] 1 : 4 Entretiens (Lunyu) Trad. Anne Cheng (la traduction donnée par le Séraphin Couvreur est quasi identique)

 

 

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