Tentative d’une nouvelle définition de la musique rituelle Confucéenne

Chers lecteurs,

La musique est un thème cher au Confucianisme. Maître Kong lui-même a discuté à plusieurs reprises l’importance de la musique et de son influence sur l’âme humaine. Je saisis l’occasion de la sortie d’un nouvel album musical que j’attendais depuis des mois pour aborder ce sujet important pour les lettrés Chinois ou ceux qui se reconnaissent dans les valeurs Confucéennes.

Je vais faire part de mon expérience avec la musique et de ce que j’ai pu observer en termes de réactions émotionnelles. Puis, je commenterai ces anecdotes à l’aide de mon interprétation de la vision Confucéenne sur ce sujet.

– Le début de mes études supérieures a été difficile. Je me suis retrouvé seul, dans un campus universitaire peu animé et sans réellement trouver ma place au milieu des nouvelles personnes que je rencontrais. J’accumulais les défaites à cette période et ne savais pas comment gérer ce genre de problématique. Je me suis donc réfugié dans la musique et le sport. La frustration de ne rien accomplir de concret s’est accumulée et je transpirais la rage à l’encontre de cette situation. J’extériorisais ces émotions négatives par des exercices physiques en écoutant de la musique qui excitait ma haine. Le type de musique que j’écoutais à cette époque était un catalyseur de colère qui contrait mon sentiment d’être dépossédé de ma propre vie. L’ensemble formait un cercle vicieux : plus j’écoutais de musique, plus j’étais envahis d’un sentiment de force frénétique pour palier à ma triste vie d’alors.

– Après une longue période d’écoute de musiques agressives, je me suis intéressé à des sonorités plus douces, voir minimalistes. Cette transition s’est faite car l’écoute prolongée de musique très rythmée corrélait avec une tendance à l’hyperactivité et à l’agitation. Las de cette instabilité émotionnelle, le passage à des musiques plus calmes a eu un effet progressif sur mon comportement. Je me suis senti de plus en plus apaisé et canalisé. Finalement, je retrouvai la quiétude mentale en me distançant des musiques brutales.

Que dire des moments vécus ci-dessus ?

Il y a un lien très puissant entre l’âme humaine et la musique. Au même titre que la nourriture saine est un facteur important pour rendre un corps sain, une musique saine aide à assainir l’esprit. Un mauvais mets provoque une indigestion et un mal-être. Une musique impure perturbe les pensées et peut enfoncer l’âme dans les abysses. Le Maître lui-même évoquait la force que la musique pouvait avoir sur un Homme : « Le Maître, étant dans la principauté de Ts’i, entendit exécuter l’Hymne du couronnement de Chouenn. Pendant trois mois, il en oublia le goût de la viande. ‘Je ne pensais pas, dit-il, que la musique pût atteindre une si grande perfection.’  » [1].

Ailleurs, et de façon plus détaillée, Maître Xun disait : « Les sons et la musique pénètrent l’homme et l’influencent rapidement, c’est pourquoi les Anciens Rois [considérés comme des modèles de vertus] ont particulièrement veillé à ce qu’ils fassent partie de la culture. Lorsque la musique est modérée et équilibrée, le peuple goûte l’harmonie et ne tombe pas dans la licence. » [2].

Ce que je souhaite illustrer est le nécessaire besoin de veiller sur soi lorsque l’on écoute une musique, de bien discerner les émotions qu’elle procure et dans quelles conditions nous met-elle. Autrement, des sons inappropriés peuvent nous mener dans des contrées malheureuses et stimuler des travers de l’âme plutôt que de nous rendre heureux. Effectivement, des musiques mauvaises exaltent le vice et peuvent ainsi perturber l’harmonie intellectuelle et entre les individus.

C’est ce que le Maître suggérait lorsqu’un disciple lui demanda comment gérer une principauté. Il expliqua qu’un des moyens était de porter attention aux musiques : « Bannis les airs de Zheng [considérés comme contraires aux bonnes mœurs], ils sont une invitation à l’obscénité.  » [3]. Voilà pourquoi le bon Confucéen évite l’écoute de musiques mauvaises pour son état d’esprit.

Que conclure ?

La musique est un aliment qui nourrit l’esprit de l’homme. D’autres exemples pourraient-être la lecture ou la vie spirituelle. Si l’on ingère un aliment corrompu, on peut devenir malade. Certains sont malades avec du poisson, d’autres avec de l’oignon. De la même manière, certains réagiront négativement à des musiques que d’autres assimileront sans en être obscurcis.

Par expérience je sais que des sons potentiellement dangereux ne peuvent être assimilés que dans des situations spécifiques. Me concernant, une musique violente ternit mes idées et ne s’intègre éventuellement que durant une activité physique soutenue. Avec le temps, j’ai appris à jauger les mouvements de mon âme en fonction de ce que j’entends, et à ne pas écouter ce qui m’attire dans une mauvaise direction. Maître Xun disait : « Les oreilles d’un homme accompli sont fermées aux musiques lascives. » [4]. C’est à dire, le bon Confucéen n’écoute pas ce qui le rendra mauvais.

Contrairement, comme nous l’avons vu dans les exemples ci-dessus, une musique saine adoucit et calme les tensions intérieures. La musique peut être un outil spirituel efficace pour enjoliver nos journées. A nous de reconnaitre les sonorités vertueuses de celles qui ne le sont pas. D’écouter les premières, et d’éloigner les secondes. C’est à mon sens ce que le Maître évoquait lorsqu’il discutait de la manière d’exercer le Ren, une vertu Confucéenne fondamentale : « Ne pas écouter ce qui est inapproprié. » [5].

« La musique est précisément le moyen d’aller vers la joie […] et de suivre le chemin de la vertu. La pratique de la musique permet au peuple de se tourner vers la bonne direction. » [6]. Il faut que la musique soit toujours une force motrice pour favoriser nos vertus, tel était le sens de mon propos.

[1] 7 : 13 Entretiens (Lunyu) Trad. P. Séraphin Couvreur

[2] Chapitre 20, « La Musique » (Xunzi) Trad. Ivan P. Kamenarovic. Entre les crochets, ajout par mes soins pour aider à la compréhension.

[3] 15 : 10 Entretiens (Lunyu) Combinaison des tradutions de P. Séraphin Couvreur et Anne Cheng. Entre les crochets, ajout par mes soins pour aider à la compréhension.

[4] Chapitre 20, « La Musique » (Xunzi) Trad. Ivan P. Kamenarovic.

[5] 12 : 1 Entretiens (Lunyu) Trad. A. Charles Muller

[6] Chapitre 20, « La Musique » (Xunzi) Trad. Ivan P. Kamenarovic.

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