La Mort

« Hélas ! le Ciel m’a ôté la vie ! le Ciel m’a anéanti ! » [1].

C’est ainsi que s’exprima le Maître lors de l’annonce du décès d’un disciple qu’il appréciait particulièrement. Véritable cri de désespoir du Maître face à la mort d’un proche, cette citation reflète la douleur associée à une disparition.

Faire face à la mort est toujours une épreuve colossale. L’ordre naturel venant rappeler que la Vie est fragile et se terminera un jour. Ce sujet très délicat se doit d’être abordé avec précaution tant les implications sont profondes et inconnues. Comme le disait le Maître : « Celui qui ne sait pas ce qu’est la vie, comment saura-t-il ce qu’est la mort ? » [2]. Je vais néanmoins tenter d’apporter quelques idées sur ce thème.

En dehors de la douleur provoquée par l’absence et la nostalgie, un décès peut-être une façon de rendre hommage et d’être un héritage vivant de la personne décédée. J’entends par là d’incarner la survie des valeurs de la personne qui est partie. Dernièrement, quelqu’un de proche a quitté ce monde et je ne cesse de penser à cette personne. Le haut standard moral qu’elle avait ne fait que renforcer mon idée d’être irréprochable moralement pour honorer sa mémoire et perpétuer ses conceptions du monde.

Je pense que c’est cela que le Maître suggérait à un disciple qui voulait raccourcir la durée du deuil des parents. Il dit de lui : « Quel homme insensible ! Un nouveau-né met trois ans à sortir du giron de ses parents, aussi le deuil filial est-il de trois ans universellement. Ne doit-on pas trois ans d’amour à ses parents ? » [3]. Autrement dit et de façon générale, c’est manquer d’empathie et de considération que de vouloir raccourcir le deuil si l’on tient compte de ce que le défunt nous a apporté et appris.

Selon moi, le deuil Confucéen est un mélange de respect et d’apprentissage. Ces deux valeurs seront intégrées dans la continuité de notre œuvre morale. Le respect, en représentant ce que notre proche souhaitait et espérait pour l’humanité. L’apprentissage, en continuant de s’améliorer moralement sur les points auxquels le défunt était sensible.

Ainsi, la meilleure façon de respecter un mort est de perpétuer inlassablement les valeurs et les vertus que nous partagions avec lui de son vivant. C’est peut-être avec cette idée en tête que le Maître dit : « Adonnez-vous à l’étude avec une foi profonde, conservez la Voie [Confucéenne] jusqu’à la mort. » [4].

Actuellement, je sais que je ne suis pas prêt face à la mort. Qu’elle concerne mes proches ou ma propre personne, je ne suis pas préparé. Le seul point qui me rassure est que même le Maître, avec sa sagesse, ne semblait pas disposé à accepter la mort. Effectivement, cela se constate par sa tristesse lors du trépas de ses amis [5].

Une autre certitude à ce propos est qu’il est de mon devoir de persister à édifier les vertus par un travail acharné. Et ceci, jusqu’à la fin.

« Un gentilhomme doit être robuste et courageux. Le fardeau est lourd, et le voyage long. Son fardeau, c’est la pratique de la vertu d’humanité [ren] ; n’est-ce pas lourd ? Son voyage ne finira qu’après la mort ; n’est-ce pas long ? » [6].

 

[1] 11 : 8 Entretiens (Lunyu) Trad. P. Séraphin Couvreur

[2] 11 : 11 Entretiens (Lunyu) Trad. P. Séraphin Couvreur

[3] 17 : 21 Entretiens (Lunyu) Trad. Anne Cheng

[4] 8 : 13 Entretiens (Lunyu) Trad. Anne Cheng

[5]  6 : 8, 10 : 14, 11 : 7 et 11 : 8 Entretiens (Lunyu)

[6] 8 : 7 Entretiens (Lunyu) Trad. P. Séraphin Couvreur. Ajout entre crochets de me part, pour rappel le concept du ren a été présenté précédemment.

2 réflexions au sujet de « La Mort »

  1. Mes sincères condoléances pour cette récente perte, mon cher apprenti.
    J’espère que cette dernière ne vous empêchera pas de passer une excellente année, aussi bien sur le plan moral que quotidien.
    J’ai trouvé votre article touchant, bien que je l’aie moins apprécié qu’habituellement, mais cela est anecdotique. Vous nous réservez tant de bonnes leçons, malgré votre statut « d’apprenti » ! ^^
    J’avoue être un éclectique et ne pas adhérer pleinement et dogmatiquement au confucianisme, mais c’est une philosophie et doctrine sociale à laquelle j’accorde beaucoup de crédit et d’affection.
    C’est donc avec une joie immense que je découvre vos nouvelles réflexions, toujours en des termes intelligibles et remarquablement pertinents. Il est vrai que le confucianisme peut paraître absurde en ce fait qu’il est et demeurera un idéal, mais je reste convaincu, et vous aussi je suppose, que tendre vers cet idéal est plus qu’accessible, et accessoirement utile.
    En tout cas, je vous souhaite tous mes vœux de bonheur et vous apporte mon soutien pour vos études confucéennes ! Se détourner totalement de la Voie serait après tout un bien grand malheur…

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    1. Cher lecteur, cher ami,

      Merci pour votre message sincère, très motivant et encourageant. Il m’a fait chaud au cœur ! Le format actuel de communication touche à sa fin. Cet article sur la mort est le dernier dans ce style exégétique. Je pense revenir bientôt, toujours avec le même objectif de discussion autour du Confucianisme mais sous un autre format. Cela risque de me demander du temps, que je n’ai pas forcément, à mon grand regret.

      Vous souhaitant le meilleur et vous remerciant sincèrement pour votre message chaleureux.

      Studieusement,
      L’apprenti Confucéen

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