Les Entretiens de Ruzi – Chapitre 1

Pour rappeler le contexte de rédaction des « Entretiens de Ruzi » je vous invite à relire l’introduction de ce projet. Bonne lecture !

1. Il y aura toujours un arbre droit dans une forêt, aussi grande soit elle. Il y aura toujours un homme vertueux dans le monde, aussi décadent soit il.

2. Un arbre qui a grandit pendant des centaines d’années est coupé en a peine quelques minutes. Il est fastidieux d’établir une entreprise, il est aisé de la ruiner.

3. Les gens trop gentils renferment souvent une profonde mesquinerie.

4. Je ne sais pas ce qui est le plus détestable entre l’ingratitude et la vulgarité.

5. – Les personnes qui crient sont épuisantes.
– Comment cela ? Demanda un disciple
– Une telle perte de temps et d’énergie ! Suis-je sourd pour que tu aies besoin de crier ? N’est-ce pas plus simple et plus convenable de discuter et de s’harmoniser ?

6. La naïveté sans innocence est élaborée et fausse.

7. Lorsque le grand temple brûlait, le maître ne parlait plus et était sans énergie.

8. Lorsque la flèche du grand temple tomba, dévorée par les flammes, le maître était au bord des larmes et s’écria : « Quel symbole ! Quel symbole ! »

9. Lorsque le grand temple brûlait, le maître dit : « Est-ce surprenant ? Le gouverneur de cette ville fait la promotion d’une vie décadente. Aucun moyen ne reste pour le patrimoine. Il a favorisé l’indécence plutôt que la tradition. Quel symbole ! »

10. Le Maître disait régulièrement des arbres : « Ils ne parlent pas mais ils font »

11. Si tu dois parler de quelqu’un contente toi de dire ce que tu vois et n’interprète en rien ses faits et gestes si tu ne connais pas ses intentions ou son passé.

12. Un disciple demanda : « Maître, à propos de la nature humaine, à qui faut-il se fier ? Plutôt Mengzi ou plutôt Maître Xunzi ?
– Le choix est rapidement fait me concernant, il s’agit de Xunzi. Son point de vue est conforme à la nature et est plus proche du fonctionnement mécanique de l’Homme.
– Comment cela ?
– Du fait de ses besoins, l’Homme est égoïste. L’instinct de conservation est profondément ancré en nous par l’histoire de notre espèce. C’est pour cela que l’altruisme n’est pas inné, mais élaboré. »

13. Un autre disciple demanda au Maître : « Que dire de Mozi (Maître Mo) ?
– Il a corrompu la saine doctrine de Kongfuzi (Maître Kong, Confucius). Il l’a utilisée et l’a poussée dans ses extrêmes de la mauvaise façon.
– Y a t il une chose à en retenir ?
– J’en retiendrai même deux : son éloge de la frugalité et sa promotion des vertueux.
– Et de HanFeizi (Maître Han Fei) ?
– En voilà un qui a oublié la bienveillance dans son raisonnement ! »

14. Évite de parler d’autrui. Cela amène régulièrement à médire et à s’égarer dans de vains discours.

15. Un jeune disciple demanda au Maître son avis sur la religion. Le Maître fit silence. Lorsque le maître se fût retiré, le jeune homme alla consulter un ancien disciple à ce propos. Ce à quoi il répondit : « Le Maître voulait certainement te signifier que c’était là un sujet trop délicat à discuter. – Que voulez vous dire ? – D’après ce que le Maître m’a appris il voulait dire que la religion est trop intime pour être discutée en public. Certains croient, d’autres non. La relation au divin est trop personnelle et délicate pour être solutionnée sans incident ou erreur. »

16. Lors d’un déjeuner, deux disciples rencontrèrent un membre d’une secte philosophique. Celui-ci s’exprima en ces termes : « Vôtre prétendu Maître n’est qu’un utopiste et un idéaliste comme votre maudit Kong ! ». Les disciples partirent, puis allèrent consulter le Maître. « Nous avons rencontré un original qui vous décrit comme un idéaliste. Pardonnez notre manque de connaissance et notre timidité mais nous n’ avons su que répondre. – Vous avez bien fait mes chers enfants de ne pas répondre à ce polémiste. Maintenant je vais vous expliquer ce qu’il entendait et en quoi il se méprend. Effectivement, nous espérons le meilleur et l’harmonie, et cela peut être perçu comme utopique. Cependant, si cet individu avait étudié suffisamment les classiques Confucéens il aurait su que le besoin d’améliorer et d’éduquer l’homme est un pré-requis. Il aurait également eu connaissance que la nature humaine est variable, et ainsi que chacun a sa mesure. De la sorte, les anciens exaltaient ce modèle pour que la majorité le suive. Et ils s’efforçaient de pratiquer cela afin d’incarner ce qu’ils professaient. Il y aura toujours des déviants à cause de notre nature imparfaite. Mais, vaut il mieux essayer d’en extraire le meilleur en visant la perfection ou pleurnicher que cela est inatteignable sans même avoir essayé ? Me concernant, je me range du côté de ceux qui sont proactifs et tentent de briser le cercle vicieux. »

17. Les gens de basse condition morale ont cette fâcheuse tendance à s’écouter parler. Cependant, amenez les sur un terrain moral ou spirituel et les voici bien souvent muets.

18. Un disciple demanda au Maître : « – Maître, comment changer ce système décadent ?
– Premièrement, tous les propagateurs de théories ou d’idées morales répugnantes doivent être relayés à un rang inférieur et ne doivent en aucun cas être promu. Deuxièmement, les personnes nobles d’âme et en quête de vertu doivent s’exprimer. Ainsi, l’éducation, le travail et la vie familiale retrouveront une place centrale. Alors, il y aura enfin une politique saine visant à l’harmonie de notre peuple sur la terre de ses ancêtres. Le plus dur est de discerner les vertueux honnêtes des arrivistes. Pour cela, il faut voir les signes et observer les actes. »

19. – Maître, et si cela n’est pas possible, que ces individus vulgaires sont indélogeables. Que faire ?
– Le premier point de départ est de s’efforcer à ne pas être un individu vulgaire soi-même. Cela passe par l’étude, les efforts et la culture de soi. Puis, par capillarité, influencer ceux qui nous entourent de manière à ce qu’ils enclenchent un changement d’attitude pour progresser en vertu à leurs tours. Cela est définitivement le mieux à faire si nous ne sommes pas gouvernés par des hommes droits et justes.

20. La violence ne peut-elle pas être un autre moyen de changer le cours des choses ?
– C’est une question délicate. Je suis tenté de dire que non car cela ne fait qu’entretenir des mauvais sentiments et peut provoquer des dommages collatéraux. Cependant, je ne veux pas non plus de l’inverse qui laisse le champs libre à toutes les dérives et stimule le fatalisme et l’immobilisme. Peut-être que la réponse idéale est un entre deux ? Agir dans les limites de la décence et de la bienséance ? Quoi qu’il en soit, il faut toujours étudier et œuvrer pour les vertus en société.

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