Les Entretiens de Ruzi – Chapitre 7

Pour rappeler le contexte de rédaction des « Entretiens de Ruzi » je vous invite à relire l’introduction de ce projet. Bonne lecture !

1. En marchant avec ses disciples, le Maître et ses élèves croisaient beaucoup de mendiants. Un élève dit au Maître : « – J’aimerai organiser des maisons qui donnent à manger à tous ces pauvres. – C’est un excellent début. Mais il faudrait surtout remédier à ce que cela ne soit plus nécessaire. Il faut traiter le problème en profondeur et faire en sorte d’éliminer la misère définitivement. »

2. Il y a ceux avec qui l’on peut discuter et s’arranger. Et il y a ceux qui ne comprennent que les armes.

3. Un adepte de Han Fei interpella le Maître : « – Les lois, qui sont concrètes, ou la vertu, abstraite et subjective ? – La vertu. Sans elle, multipliez les lois autant que vous voudrez, le peuple n’ira jamais ou vous le souhaitez. Au mieux, ce sera temporaire. La vertu est le but ultime et ce que chacun doit chercher : du prince jusqu’au plus petit paysan. La loi est un outil, comme peut l’être l’éducation, pour atteindre ce but. »

4. – Les vertus restent cependant abstraites.
– La réalité ne se résume pas qu’au matériel. Rogner les émotions et la vie spirituelle pour uniquement faire un calcul mathématique de la vie en société enlève une partie de la vision d’ensemble que l’on se doit d’avoir. Il est déjà difficile de trouver une solution aux problèmes, si vous amputez un moyen d’analyse, comment pouvez-vous trouvez une solution appropriée ?

5. Mes enfants, les légistes n’ont qu’une vision partielle. Ils oublient le facteur humain. À vouloir uniquement apporter le meilleur rendement au prince ils détruisent complètement ce qui donne la légitimité au prince : le peuple. Châtiez et récompensez  le peuple par des lois et il se transformera en une masse de mercenaires. Tandis que si vous vous en préoccupez honnêtement en incarnant un exemple honorable il vous sera loyal même dans les difficultés. L’un ne peut aller sans l’autre.

6. Un cheval qui a des pattes de travers, marchera de travers dans la boue, comme dans la neige, ou dans un champs. Un cheval qui a des pattes agiles marchera avec agilité dans la boue, comme dans la neige, ou dans un champs. Il en va de même pour les défauts et les talents : ils se retrouvent dans toutes les activités sous une forme ou une autre.

7. L’Homme est un vase. Pour que ce soit un bon vase, remplissez le de vertus et de piété religieuse. Comme avec de l’eau pure il maintiendra en bonne santé des fleurs que l’on mettrait dedans. Ne pas éduquer les Hommes est comme ne pas remplir le vase, il sera vide. Ainsi, vous pourrez le détourner de son usage en y mettant autre chose que de l’eau. C’est ainsi que l’on obtient une génération dégénérée.

8. Le maître ne cessait de recommander de lire attentivement le Xunzi. Il disait : « Mon maître était vraiment un génie. Il n y a pas une seule ligne qui ne soit pas pertinente. Même si j’ai de rares points de désaccord, le tout montre que c’était un lettré Confucéen d’exception. Contrairement, le livre de Mengzi (Mencius) m’ennuie terriblement. »

9. Un faux lettré fera de beaux et longs discours mais sera creux dans ses idées. C’est ce qui s’appelle parer l’extérieur lorsque l’intérieur est pauvre. Le premier prétend excuser le second.

10. – Maître, y a-t-il une méthode unique pour gouverner correctement ?
– Gouverner le peuple est complexe et demande une culture de soi stricte au préalable. Maître Xun (Xunzi) aurait probablement répondu « en prendre soin comme de son nouveau-né » après avoir expliqué la marche à suivre pour s’élever moralement.

11. Une vision long terme, prévoir le pire, voilà ce que l’Homme de bien a en tête secrètement. Une vision court terme, jouir le plus rapidement possible, voilà ce que l’Homme de peu a en tête secrètement.

12. Réunis lors d’une marche en forêt, le Maître demanda à ses disciples : « – Selon vous, pourquoi étudier ?
– Pour s’améliorer, répondit un jeune.
– Pour devenir un Homme de bien et être prêt à affronter l’adversité avec intégrité, répondit un autre.
– Afin d’être apte à gérer les difficultés sainement, dit enfin un des aînés.
Le Maître répondit alors :
– Vous avez tous raison. Je rajouterai que l’étude permet aussi d’élargir son spectre d’analyse des problèmes. Effectivement, en étudiant on adopte le point de vue et la vision d’un autre, que l’on soit d’accord avec lui ou pas. De cette façon, nous sortons de notre propre expérience et de nos mécanismes de réflexion pour aborder un dilemme sous d’autres angles. On peut comparer cela à un chef d’armée qui recrute des généraux spécialisés dans plusieurs domaines : bataille navale, cavalerie, stratégie, combat rapproché ou à distance et bien d’autres. Ainsi, le chef des armées a plusieurs possibilités pour mener à bien la guerre qu’il s’apprête à livrer en envisageant toutes les alternatives.
– Maître, pouvons nous dire que l’étude est aussi ce qui apaise le lettré Confucéen ?
– Mon fils, quelle remarque pleine d’intelligence ! L’étude est le refuge du lettré consciencieux. »

13. A un ministre que le Maître a rencontré il aurait dit : « Faites autant de lois et de décrets que vous le souhaitez, tant que vous n’aurez pas instauré l’éducation morale, elles seront inutiles. De plus, votre manque de décence et de conduite ne vous accordent pas la faveur du peuple. » Il dût fuir cette région en urgence.

14. Si j’avais dû en attendre certains pour étudier je serai encore à cette heure ci en train d’observer le temps s’écouler. Lorsqu’il s’agit de l’étude il est sage d’être un peu égoïste. L’important est de ne pas considérer l’étude comme une course contre les autres. Ce qui compte est de chercher à s’améliorer autant que possible et d’éviter de gaspiller du temps en défaveur de l’étude.

15. Lorsque vous avez un projet, ne vous étalez pas à ce propos. Attendez que celui-ci soit prêt. De la sorte, vous ne vous exposez pas à l’humiliation par de vains bavardages et vous joignez les actes à la parole. Plutôt que de dire et de risquer de ne pas faire, faites, puis vous pourrez dire.

16. Un travail acharné, puis un échec. L’Homme de bien en extraira l’humilité, l’Homme de peu l’amertume.

17. Le Maître était méfiant à l’égard des personnes qui avaient un discours impeccable ou amusant. Il lui arrivait de dire : « Je ne suis pas sûr s’il cherche à convaincre son audience ou à être au centre de l’attention. »

18. Les riches ont un double bénéfice : ils sont riches et ont les avantages liés à leurs statuts sociaux. Les pauvres ont une double peine : ils sont pauvres et ont les inconvénients liés à leurs statuts sociaux.

19. Par qui commençons nous à faire du bien ? A nos proches ou à des inconnus ? À nos proches, bien sûr. Alors, pourquoi certains se montrent-ils en société comme de généreux bienfaiteurs mais sont de vrais tyrans au quotidien avec leurs proches ?

20. Après une journée éprouvante le Maître aimait s’allonger et écouter un peu de guzheng avec ses disciples. Puis, il discutait avec eux de sujets plus légers qu’à son habitude.

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