Les Entretiens de Ruzi – Chapitre 11

Pour rappeler le contexte de rédaction des « Entretiens de Ruzi » je vous invite à relire l’introduction de ce projet. Bonne lecture !

1. L’athlète et l’Homme de bien ont en commun ce point : l’endurance. Sans cette qualité, ni l’un ni l’autre ne peuvent achever leurs exploits.

2. Compréhensif, patient, flexible mais néanmoins ferme et capable de décider promptement. Telles sont les qualités de celui qui est à la tête. Obéissant, loyal, enthousiaste mais néanmoins honnête et intègre. Telles sont les qualités de celui qui est subalterne.

3. Si vous rencontrez un problème récurrent en société, songez que ce problème vient de vous plutôt que des autres.

4. Jusqu’à l’âge de 30 ans en moyenne le Maître disait qu’un homme dépendait encore de ses parents. Après 30 ans, il disait que la tendance s’inversait.

5. Les textes les plus sages sont éternels.

6. Un élève du Maître était très strict à l’égard des autres étudiants au point qu’il s’était isolé progressivement. Le Maître demanda à quelques étudiants la raison de cela. Certains répondirent : « Il ne tolère pas le moindre écart de comportement. » Le Maître alla parler à l’étudiant. A l’issue de cette discussion, il présenta les remerciements rituels au Maître et pris congés de ses enseignements. Quelques temps après cet épisode un disciple demanda au Maître la teneur de la discussion avec cet élève. Il dit : « À être trop rigide on devient incapable de vivre avec les autres. Bien que je loue l’intégrité, je désapprouve la raideur. »

7. On ne force pas la nature. Ce n’est pas en tirant sur une fleur qu’on la fera grandir plus vite. Cependant, on peut l’entretenir et la rendre plus attrayante.

8. Voyez-vous une différence entre celui qui accuse constamment les autres et celui qui ne s’excuse jamais ? Personnellement, je n’en vois pas.

9. Un ami du Maître le consulta en ce qui concerne la rigueur de son enseignement : « – Mon cher Ru, je sais que tu es rigoureux avec tes nouveaux élèves. N’as-tu pas peur de les effrayer de cette façon ?
– L’essentiel réside dans la douceur avec laquelle j’offre mes enseignements. Bien que je sois exigeant, je reste néanmoins à l’écoute et compréhensif. Ainsi, mes fils savent qu’ils peuvent me faire confiance et trouver en moi un tuteur bienveillant.
– Pourquoi utiliser plus de rigueur au début de ton enseignement ?
– La rigueur que j’impose au début permet de tailler rapidement les excroissances que le Confucéen dédaigne : paresse, arrogance, agressivité, impatience… De cette façon, le mal est traité rapidement. Enfin, instaurer la rigueur morale et spirituelle dès le début inculque aux élèves une discipline qu’ils préserveront à l’avenir. »

10. – Maître, comment interprétez-vous l’ode 235 qui dit que « le Mandat Céleste n’est pas permanent » ?
– Ce qui est acquis n’est pas éternel. Au même titre, le Prince qui a autorité sur son royaume ne l’a pas éternellement. En effet, il doit s’occuper de son peuple comme d’un nouveau né, autrement le Ciel lui retirera son Mandat et le prince perdra toute légitimité. Si le monarque ne suit pas la Voie vertueuse, il perd instantanément le Mandat Céleste. De la même façon, il existe un Petit Mandat Céleste pour nous tous. Lorsque nous nous écartons trop d’une conduite saine et qui vise à l’harmonie, nous perdons notre Petit Mandat.
– Comment est-ce que la perte du Mandat Céleste se manifeste ?
– Perturbation, chaos, guerre, dégénérescence, vice, disharmonie… Tous sont des symptômes de la perte du Mandat du Ciel.

11. Méfiez vous de la colère des personnes calmes comme on se méfie d’un cours d’eau qui peut subitement déborder et emporter des villes entières.

12. Aux grands Hommes les grandes épreuves surmontées intelligemment et avec noblesse.

13. – Maître, que dire des poèmes d’amour qui composent le classique des odes (shijing) ?
– C’est une exhortation à la fidélité et un avertissement contre l’adultère et la légèreté sentimentale.
– Une ode vous plaît-elle plus particulièrement ?
– La trente cinquième ode. C’est un beau poème, mais très triste. Il recommande la complicité et l’honnêteté dans le couple pour vivre paisiblement dans la durée.

14. – Maître, qu’est ce que la fausse modestie ?
– En privé, la modestie ; en public, la gloire.

15. Mes enfants, écoutez bien. Maître Kong (Confucius) disait dans le chapitre deux, verset dix-sept de ses entretiens que la connaissance est savoir ce que l’on sait et ce que l’on ne sait pas. Je rajouterai que l’Homme de bien, met tout en œuvre pour pallier ses défauts. Par conséquent, il étudie autant que possible les domaines qu’il ne maîtrise pas afin d’avoir d’abondantes connaissances et un appareil de compréhension étoffé.

16. Malheureusement, un mensonge dit calmement aura toujours plus de crédit qu’une vérité aboyée.

17. Je ne comprendrais jamais ces gens qui ne s’intéressent qu’à eux mêmes. Incapables d’échanger, je me demande à quoi peuvent-ils bien penser. Qu y a t-il d’intéressant à ne parler que de soi et de ne jamais découvrir l’inconnu ?

18. Dans vos lectures : du plaisir, de la discipline et de la sagesse. Évitez que cet exercice devienne fastidieux, rebutant et en faveur de l’abaissement moral.

19. Ceux qui ont le pouvoir n’ont que l’embarras du choix. Impuissants, il ne nous reste que la vertu et la vérité.

20. – Maître, qu y a-t-il de pire à faire dans la pratique des rites religieux et civils ?
– La fausseté.
– Pouvez-vous développer ?
– Imaginez que votre fils vous dise « mon père, je t’aime » mais qu’il agisse violemment à votre égard et ne vous écoute jamais. Il serait dans le faux. Il en est de même avec les rites : ce n’est pas parce que l’on porte les habits de cérémonie que l’on est forcément respectueux des rites. Si le cœur est plein de mépris à l’égard des rites, il est hypocrite de porter des habits qui témoignent d’un respect des rites.
– Est-ce que vous voulez dire que les habits ne servent à rien et qu’uniquement le cœur importe ?
– Non, ce que je voulais dire c’est que la forme sans le fond n’a pas de sens. La forme est le témoin visible du fond. Mais si le fond est absent, à quoi peut bien servir la forme ? La forme doit manifester le fond uniquement si le fond est sincère.

2 réflexions au sujet de « Les Entretiens de Ruzi – Chapitre 11 »

  1. Merci pour l’effort fourni pour partager cette sagesse.

    Certains paragraphes m’ont presque ému tant ils sont pertinents et se vérifient (tristement) dans notre société moderne.

    Sincères salutations

    Aimé par 1 personne

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