Les Entretiens de Ruzi – Chapitre 14

Pour rappeler le contexte de rédaction des « Entretiens de Ruzi » je vous invite à relire l’introduction de ce projet. Bonne lecture !

1. Les plus calmes sont les plus colériques. Les plus drôles sont les plus tristes.

2. L’inaction préconisée par les taoïstes n’a de sens qu’en ce qui concerne le succès. Autrement dit, n’attendez rien qui soit en votre faveur mais agissez. Définitivement, pour tout le reste, continuez d’agir.

3. Lors d’une rencontre avec un préfet, le Maître eut la discussion suivante :
« – Monsieur le préfet, j’ai une question pour vous concernant la guerre. Préférez-vous un ancien sabre, que vous avez déjà manipulé, ou un sabre fraîchement forgé, dont le tranchant est impeccable ?
– Celui qui est tranchant, évidemment.
– Monsieur le préfet, j’ai une autre question pour vous. Celle-ci concerne le prince. Préférez vous obéir à un prince compétent ou incompétent ?
– Compétent, cela est évident !
– Je suis d’accord. Cela va de soi. Selon vous, ce qui fait la qualité d’un Homme dépend plus de son caractère ou de son âge ?
– Plutôt son caractère, même si son âge peut jouer en faveur de l’expérience.
– Très bien. Je suis d’accord avec vous. Maintenant, expliquez moi pourquoi avoir choisi le doyen des fonctionnaires, connu pour son manque d’attention, pour la gestion des comptes publics alors que vous avez à votre service le jeune Huang, réputé pour ses qualités morales et mathématiques ?
– Ce serait indécent !
– Qu’est ce qui est le plus indécent, de nommer un ancien, pas le plus adéquat, ou un jeune qui a toutes les qualités requises ? Voilà le mal de l’administration de votre domaine : vous n’utilisez pas intelligemment les ressources. Il est préférable d’avoir les Hommes aux qualités reconnues dans un domaine à la direction des activités qui nécessitent ces qualités. Pourquoi nommer nécessairement le plus ancien à un poste de responsable si celui-ci n’a pas les compétences appropriées ? De plus, ne pas le nommer à un poste de responsable ne vous empêche pas de l’honorer pour sa loyauté et par là d’exhorter les plus jeunes à suivre son exemple respectueusement. »

4. – Maître, si vous deviez résumer la doctrine de l’école des lettrés (Confucianisme) en un mot, lequel serait-il ?
– Bienveillance.
– En deux mots ?
– Bienveillance et humilité.
– En trois mots ?
– Bienveillance, humilité et étude. A partir de ces trois mots nous nous approchons de l’essentiel.

5. Les disciples consultèrent le Maître a propos du recueillement. Il répondit :
« Je vais vous exposer mes idées à ce sujet. Il faut se dédier entièrement lorsque l’on se recueille. L’esprit, l’intellect et le corps doivent être au maximum de l’harmonie afin que le recueillement soit splendide et bénéfique. Il existe un recueillement passif, au cours duquel nous disparaissons au profit de la clarté de notre vision des événements. Il existe un recueillement actif, au cours duquel nous communiquons avec le Ciel afin que celui-ci nous éclaire et nous remette les idées en place. Au final, quelque soit le recueillement, il vise à nous purifier. Ce n’est pas un moyen négligeable pour devenir un Homme de bien. »

6. Le vice est un incendie dévorant qui se répand avec une simple brise. La vertu est une graine qui pousse lentement et demande beaucoup de soins.

7. Les pensées purifiées sont la clé de l’achèvement de la bienveillance.

8. – Tirez la corde.
– Maître, qu’entendez vous par là ?
– Les événements et les actes se suivent comme des nœuds sur une corde. Tirez la corde et voyez le prochain nœud.
– Pardonnez mon incompréhension, pouvez-vous développer votre idée derrière ces paroles ?
– L’Homme de bien Confucéen discerne l’origine à travers les événements et les actes. Il comprend la source et ce qui se situe en amont et déduit avec justesse la suite. Lorsque le temps est pesant, n’est il pas évident que le lendemain sera orageux ? Il en va de même avec l’Homme.

9. Le Maître dédiait chaque jour un temps pour l’étude, un temps pour les rites et la vie religieuse et un temps pour la souplesse de son corps. Certains ont entendu le Maître dire à ce propos : « Ce sont les trois fondements, comment ne pas les entretenir un minimum ? »

10. Dans la solitude, l’Homme de bien trouve ses amitiés avec les livres et les écrits des sages.

11. Le Maître regardait souvent les oiseaux avec admiration. Un élève demanda la raison de cette enthousiasme. Il dit : « J’apprécie le vol des oiseaux. Ils sont majestueux, harmonieux lorsqu’ils sont en groupe et ont une vue d’ensemble. L’Homme de bien Confucéen doit ressembler aux oiseaux dans ces aspects là. »

12. L’Homme qui continue des pratiques qu’il sait perverses est comme celui qui sachant la toxicité d’un poison continuerait d’en manger.

13. Maître Kong (Confucius) avait raison lorsqu’il disait dans ses entretiens au chapitre deux verset deux que l’esprit ne doit pas dévier. En effet, lorsque celui-ci est purifié des pensées contre nature, l’Homme peut pratiquer la bienveillance avec facilité. Sinon ses actions sont obstruées par de mauvaises idées. Voyez les arbres fruitiers : lorsqu’ils sont corrompus et ne suivent pas l’ordre naturel ils produisent des fruits avariés.

14. Méfiez vous de la fausse gentillesse qui laisse une situation se corrompre. L’honnêteté est préférable pour rétablir l’harmonie relationnelle. L’honnêteté est le filtre qui purifie l’eau impure. Ce qui importe est de conserver la courtoisie et de savoir dire les choses en fonction de l’interlocuteur.

15. Aller contre la bienséance, la droiture et la bienveillance c’est aller contre la vertu ; aller contre la vertu c’est aller contre la Nature ; aller contre la Nature c’est aller contre le Ciel. A celui qui va contre le Ciel, je ne peux rien faire.

16. Craignez les jours de bonheur, car ils sont suivis par les jours de malheur. Consolez vous lors des jours de malheur, car les jours de bonheur arrivent. Le sage Confucéen est quiet et imperturbable. Il continue l’étude et la pratique des vertus quelque soit le contexte car il sait que rien n’est constant. La prescience acquise, l’humilité parfaite et la bienveillance suprême : telles sont les qualités du Confucéen qui a atteint son but.

17. Le Confucéen intègre travaille pour l’acquisition des vertus et l’harmonie des Hommes. Le Confucéen pervers travaille pour la gloire.

18. Le Maître avait un ami d’une très modeste situation. Il disait de lui : « Bien qu’il ne soit pas un lettré officiel, j’affirme qu’il a toutes les qualités d’un lettré brillant et même plus que la majorité des lettrés issus des académies que l’on peut trouver dans la cour des princes. »

19. Certains se vantent de leurs titres de directeur ou de préfet mais n’incarnent pas la noblesse de ces responsabilités. Leurs titres ne sont pas en accord avec leurs personnes. Le nom n’est pas authentique en ce qui les concerne. La rectification des noms permet d’attribuer le vrai nom à la réalité. Un préfet qui se comporte comme un débauché n’est pas un préfet, mais un usurpateur du nom de préfet et un débauché.

20. Plus les années passaient, et plus le Maître était frugal en nourriture et avare de mots. Le plus ancien des disciples du Maître expliquait que le Maître n’avait du goût que pour l’étude et le silence. Le reste lui paraissait trop bruyant ou ennuyeux.

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