De la nécessité d’être cruel

Je visionnais dernièrement un film Américain, Shot Caller L’exécuteur en Français – que je vous invite à regarder.

Celui-ci m’a beaucoup fait réfléchir sur la nécessité de la cruauté et de la violence qui lui est associée. Il s’agit d’un sujet qui m’effraie car il soulève des problèmes profonds et souvent malheureux. Je souhaite ici faire un modeste rappel sur le besoin d’être cruel.

Loin de moi l’idée de voir le monde à travers le prisme de la violence cruelle. Loin de moi l’idée d’en faire le moteur principal de notre existence. Malheureusement, ce « mal » est nécessaire. Je dirais même vital et essentiel. J’aimerais vous dire : « Non, il n’est pas nécessaire d’être cruel ». Mais la nature et la réalité sont toutes autres.

Sachez que la violence coule dans nos veines.

Pour nos ancêtres, ce n’était qu’un moyen de s’en sortir et de survivre : violence pour obtenir de la nourriture, violence pour protéger ses proches, violence pour punir les criminels d’alors… Les exemples sont multiples.

Cette violence est naturelle, et par conséquent ne peut être dissimulée ou évitée. Le fut-elle, elle ressurgirait, tôt ou tard, et plus longtemps nous restons aveugles face à ce constat, plus cette violence se révélera de façon soudaine et incontrôlée, ce qui générera inévitablement des dégâts.

Le monde moderne a un rapport ambigu avec la cruauté. A la fois admirée et détestée, elle est exacerbée au quotidien par les films et les faits divers. Repoussante lorsqu’elle s’approche de nous, lorsqu’une connaissance est victime d’intimidation (physique ou psychologique), la cruauté reste néanmoins valorisée par son omniprésence.

Ce « besoin » de voir la violence qui découle de la cruauté est très probablement symptomatique de notre refoulement de ce trait de caractère instinctif et animal. A force de progrès et d’évolution, nous avons peut-être oublié d’où nous venions et n’osons plus regarder notre héritage dans les yeux, si lourd soit-il.

Nous vivons dans un monde incroyablement sûr – du moins en occident – si bien que nous avons stérilisé une partie de notre nature qui consistait à savoir nous défendre avec violence. Je ne parle pas nécessairement d’être sanguin, mais simplement de ne pas être tétanisé face à la première intimidation qui s’avance vers nous.

La cruauté bien comprise est ce qui nous permet de « montrer les crocs » lorsque la situation devient menaçante à notre encontre, à l’égard de nos proches ou contre un quelconque innocent. La renier ou ne pas savoir la maîtriser signifie être la proie de tous les prédateurs malintentionnés qui vivent avec nous en société. Ce que j’entends par là, c’est que la cruauté est un outil ancestral et naturel pour nous défendre contre la malveillance rencontrée au quotidien. Il n y a pas de honte à être cruel lorsque la situation le demande. Ne pas accepter cela nous rend systématiquement esclave des aléas. Ce statut de proie n’est pas enviable, ni respectable. Si nous souhaitons être respectés, soyons respectables. Et cela passe par la nécessité d’être cruel.  

Dans ce contexte, ce qui différencie l’Homme de bien Confucéen (Junzi) du psychopathe est le moment où ils choisissent d’être cruels : le psychopathe est cruel de façon perverse et égoïste avec un besoin de faire mal, tandis que le Junzi l’est au contraire pour rétablir l’harmonie et lutter contre les injustices en utilisant la force minimale nécessaire. Ne vous méprenez pas, nous sommes tous un peu psychopathe et tous un peu Junzi. Ce qui importe est d’en être conscient et de faire en sorte que nous soyons cruels uniquement dans l’optique Confucéenne et vertueuse du Junzi.

Finalement, ce qui fait notre beauté, c’est de choisir une voie empathique et authentiquement bienveillante (dans le sens du Ren Chinois, et non pas comme l’entend vulgairement le développement personnel) alors que nous savons qu’un animal dangereux sommeille en nous.

Si nous faisons ce choix consciemment, nous serons alors en paix avec nous-mêmes.

Notre part « sombre » et animal une fois acceptée, nous pourrons alors nous vanter d’être réellement bienfaisants et de choisir cette direction avec honnêteté. Sans cette prise de conscience de la violence qui est en nous, nous ne sommes que naïvement gentils et vivons sans le savoir constamment sous la menace d’être des victimes de la moindre manifestation de la violence. Cela fait de nous des victimes éternelles. Si nous sommes des victimes, nous pouvons difficilement être respectables et agir concrètement pour le bien.

Qui maintiendra avec solidité l’Harmonie Confucéenne s’il n’est pas capable d’être un minimum cruel ?

Annexe :

Shot caller – You’ve chosen to be a warrior

Jordan Peterson on Cruelty

Konrad Lorenz – De l’agression

2 réflexions au sujet de « De la nécessité d’être cruel »

  1. Je suis en accord avec cette réflexion . Mais je me demande comment concilier cela avec le christianisme , auquel je continue à tenir . Ou alors celui que nous présente l’Eglise , notamment kto , est dévoyé . Tendre l’autre joue ? Certes , mais pas au point de me faire égorger , moi ou mes amis , ou de laisser être violée ma fille ou ma femme . Oui au christianisme viril , non au christianisme bisounours …

    François

    Aimé par 1 personne

    1. Cher François,

      Merci pour votre lecture et votre commentaire. Je suis de votre avis. Concilier la fermeté -dans ce contexte- avec le Christianisme est compliqué. Tendre dans l’autre joue au maximum, certes. Mais savoir aussi renverser la table des marchands quand cela devient nécessaire.

      A bientôt !

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